Audition, stop au malentendus

11 mar, 2010 | Rubrique : Conseils santé bien-être

Six millions de personnes souffrent de déficience auditive, une malentendance qui ne touche pas que les personnes âgées mais aussi celles surexposées au bruit. Problème : les patients, réticents aux aides auditives, tardent à s’équiper.

A chaque maladie sa prescription. Grippé, vous allez chez le médecin. Victime d’un accident, vous acceptez d’être plâtré. Myope, vous choisissez une paire de lunettes. Ce cheminement est généralement bien vécu par les patients.
Concernant l’audition, la donne change et il est commun de rencontrer des personnes qui entendent mal sans équipement. Or, une personne sur dix est malentendante. Pourquoi un tel paradoxe ? Comment surviennent les problèmes d’audition et comment les soigner ? Discuter avec un ami, écouter de la musique ou regarder la télévision sont des activités courantes au cours desquelles l’ouïe est le sens prédominant. L’oreille a pour fonction de capter les sons extérieurs pour les acheminer jusqu’au cerveau qui les traite.

Le système auditif
Système auditif

Surdités de transmission et de perception

La partie extérieure englobe le pavillon et le conduit auditif. C’est là qu’entrent les sons sous la forme de vibrations conduites le long du canal, fermé par le tympan. Les pathologies de l’oreille externe sont bénignes et la perte d’audition liée à un bouchon de cérumen ou à une otite est réversible. La partie moyenne s’étend du tympan aux trois osselets (marteau, enclume et étrier). Le tympan transfère les vibrations pour les transmettre aux osselets qui les amplifient et les portent à l’oreille interne. Les maladies qui concernent cette zone forment avec celles de la partie externe les surdités de transmission.
Caractérisées par une baisse légère à moyenne de l’audition, la perte est comprise entre 20 et 60 dB (l’audition est dite normale pour une perte ne dépassant pas 20 dB). Ces surdités peuvent être causées par une perforation du tympan, une rupture dans la chaîne des osselets mais aussi des otites mal traitées. Si elles sont généralement opérables, d’autres provoquent parfois une baisse de l’audition qui nécessite un appareillage, même à ce premier niveau de surdité.

Le capital auditif perdu ne se régénère pas

Le second niveau caractérise les surdités de perception correspondant à une perte sévère et profonde allant jusqu’à 90 dB. Ces surdités sont consécutives à des troubles de l’oreille interne. Comparée à un labyrinthe, la cochlée renferme les cellules nerveuses qui transforment les vibrations en impulsions électriques vers le cerveau. Une atteinte de cette partie est irréversible car les cellules internes ne se régénèrent pas. Les causes sont multiples : congénitales, génétiques mais aussi accidentelles. Que ce soit dû à un traumatisme sonore bref, à un vieillissement prématuré des cellules d’une personne travaillant dans le bruit ou à l’apparition de la presbyacousie (vieillissement naturel de l’oreille), ces pertes nécessitent une prise en charge. Attendre n’y changera rien. Gilles Assoulant, audio prothésiste, affirme que « plus la personne vient se faire dépister et équiper tard, plus il est difficile pour elle de se réhabituer aux sons. »

Échelle du bruit (en dB)

Il est donc primordial de déceler tôt les signes précurseurs : difficultés à suivre une conversation en famille, sensation que les gens parlent trop vite, faire répéter l’entourage. Un cercle vicieux s’installe et incite la personne à réduire ses conversations et à s’isoler. Tout, plutôt que de passer la porte de l’oto-rhino-laryngologiste pour réaliser un test. Pourquoi ? La malaudition fait peur, souvent associée à un handicap lourd. L’opinion opère un amalgame entre la malentendance et la surdité.

Une vision encore trop négative des prothèses auditives

Autre frein à l’appareillage, la vision des appareils. L’enquête Ipsos 2009 L’image des appareils auditifs en France révèle qu’une personne sur deux de plus de 60 ans en possède une image négative. 10 % des sondés déclarent que les appareils donnent une image vieillissante de la personne qui les porte, 18 % les trouvent non esthétiques et 8 % auraient honte d’en porter !
Pourtant, les appareils nouvelle génération n’ont rien en commun avec ceux d’antan. Mais les préjugés sont tenaces. Depuis 1996, les aides fonctionnent sur un mode numérique et non plus analogique. Avant, les sons n’étaient qu’amplifiés. Ils sont désormais numérisés. Une réelle avancée, selon Gilles Assoulant pour qui « le traitement numérique du son tend à se rapprocher du fonctionnement naturel de l’oreille afin d’aider à la localisation des sons et faire ressortir la parole par rapport aux bruits, ce que ne permettait pas l’analogique. »

Des appareils miniaturisés mais toujours dispendieux

Autre révolution, la taille, la forme et la diversité des produits même si le principe de l’appareil reste le même : capter les sons avec un micro, les amplifier et les restituer. Prescrits par l’ORL, c’est l’audioprothésiste qui conseille le patient « selon le niveau de perte, le souhait esthétique de la personne, la forme de son conduit auditif et sa capacité à manipuler l’appareil », précise-t-il. Il en existe deux types. Les contours d’oreille sont composés d’une aide placée sur l’oreille reliée par un tube à un embout transparent qui rentre dans le conduit.
La miniaturisation de l’électronique permet de fabriquer des appareils dissimulés derrière l’oreille. Ils conviennent à tous les types de surdités. Des contours d’oreille de petite taille très discrets, appelés « open », sont également adaptés aux pertes légères à moyennes. Ceux-là ne mesurent pas plus de trois centimètres. Les intra-auriculaires, eux, sont les plus discrets car l’électronique tient dans une coque conçue sur-mesure et introduite dans le conduit. Ils sont plus ou moins visibles suivant la profondeur d’insertion dans le conduit et compensent les surdités moyennes.

Mais c’est le prix qui au final, blesse. Celui d’une prothèse varie de 750 à 2 000 euros et comprend les séances de réglages et le suivi avec l’audioprothésiste. Problème : le remboursement de la Sécurité sociale est insuffisant. Les variations de prix s’expliquent par le choix de l’appareil (la marque et le fabricant), le niveau de performance du processeur numérique et le lieu de l’achat car les prix publics des aides sont libres (ceux des centres Audition Mutualiste sont en moyenne 10 % moins chers). La durée de vie de l’appareil est d’environ cinq ans. Un investissement lourd, financier et personnel. Car réapprendre à entendre nécessite du temps :
« Quand les personnes s’équipent, il faut ensuite adapter les aides. Se diriger progressivement
vers le niveau qui correspond à la perte tout en respectant la tolérance de la personne aux
nouveaux bruits. Le but n’est pas de revenir à un seuil d’audition parfait mais d’off rir le meilleur
compromis confort et efficacité nécessaire à la vie quotidienne, surtout pour les personnes âgées »,
conclut Gilles Assoulant.

Auteur : Julie Azemar Mot(s)-clef(s) : ,
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